La problématique irréductible de la criminologie est de déterminer ce qui va pousser un individu, dans une situation donnée, à commettre un crime (entendu lato sensu comme toute infraction). Depuis près de 150 ans, de nombreuses causes ont été avancées. Parmi celles-ci, il est intéressant de s’interroger sur l’influence des conditions météorologiques sur le passage à l’acte criminel. Le bon sens – et chacun l’aura personnellement constaté – veut que l’humeur varie selon le temps qu’il fait. Existe-t- il une influence comparable sur la criminalité ?
La criminologie, en tant que science, ne peut pas se satisfaire de simples impressions générales. Après avoir ét délaissé, le sujet est redevenu à la mode à partir des années 1970. Les premières études ont ainsi démontré une corrélation entre le temps et le passage à l’acte.Il a été remarqué que les infractions contre les personnes sont plus courantes en cas de chaleur et de forte pollution. En revanche, la pluie est un facteur limitant du crime. Toutefois, le taux d’homicide varie peu en fonction de ces facteurs. Cela s’explique par la dangerosité intrinsèque du tueur, qui bien souvent, aura mûri son projet, commencé à préparer son forfait et prévu le moment idéal de commission. Le temps a donc pour les infractions les plus graves une influence minime sauf conditions extrêmes. De même, les infractions contre les biens sont peu sujettes à variation suivant la météo ce qui peut s'expliquer en partie par la professionnalisation de ce type de délinquance.
Une étude récente menée au Canada par Etienne Blais et Marc Ouimet apporte de précieuses informations (Revue internationale de criminologie et de police technique et scientifique, 4/03, p.397 ; cette étude aborde par ailleurs d’autres facteurs qui feront l’objet d’articles ultérieurs). Ces auteurs ont analysé quotidiennement de 1995 à 1998 les statistiques criminelles selon 6 variables (pluie, ensoleillement, température…). L’influence de ces facteurs est analysée pour les voies de fait (en bref, les violences), les agressions sexuelles et les violences conjugales. Les résultats les plus significatifs sont les suivants :
- la température maximale de la journée est la variable la plus déterminante. Elle entretient une forte relation avec les voies de fait et, dans une moindre mesure, avec les agressions sexuelles et les violences conjugales. Les crimes sont donc commis en priorité aux moments les plus chauds de la journée. Contrairement donc aux idées reçues, ce n’est pas la nuit qui est le moment le plus exposé pour une victime potentielle. Cette influence se vérifie aussi bien au mois de janvier qu’au mois d’août dans des proportions similaires.
- la pluie et le vent permettent de réduire le taux de criminalité
- la neige a un effet réducteur surtout pour les violences conjugales
- les taux d’ensoleillement et d’humidité ont un impact relativement important sur les agressions sexuelles uniquement
En conclusion, il est possible d’affirmer qu’il existe une corrélation certaine entre la météorologie et la criminalité. Néanmoins, comme le notent MM. Blais et Ouimet, beaucoup de questions restent en suspens notamment l’explication de l’interaction entre les conditions météo, la structure des activités routinières (théorie selon laquelle nos activités quotidiennes, nos déplacements et fréquentations font varier la capacité criminelle) et le passage à l’acte ou la victimisation.
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