Bidochon: bédé ou réalité?

Publié le par Jérôme TASSI

          Les nombreux albums des Bidochon par Binet ont permis de rendre ce nom très connu mais pas dans une acception très positive. Il symbolise le beauf français, qui ne brille ni par son intelligence ni par son bon goût. On comprend fort bien que les personnes portant ce nom n’aient pas apprécié la renommée conférée à leur patronyme.

 

          C’est pourquoi, Mmes et M. Bidochon  ont assigné le dessinateur devant le TGI de Paris pour atteinte à leur nom. On apprend en plus lors du procès que Binet a connu un Robert Bidochon dans son enfance, et qu’en conséquence ce choix n’était pas du au hasard. Cependant le Tribunal (12 mai 1197) rejette leur demande. L’arrêt d’appel  (CA Paris, 30 octobre 1998) confirme le jugement dans les termes suivants :

 

         « Considérant qu’aucun rapprochement n’est possible entre ces personnages de fiction, marginaux, et les appelants que les témoins présentent, dans leurs attestations, comme une famille honorable, intégrée dans la vie sociale et professionnelle, sympathique… […] que le ridicule indéniable des personnages auxquels Christian Binet a prêté leur nom ne saurait donc atteindre leur personnalité et leur vie privée ».

 

           En bref, il ne saurait y avoir d’amalgame entre la vraie famille Bidochon, tout à fait normale, et les héros de la bande dessinée qualifiées par les juges de « couple de français moyens, grotesques et frustres ». Le nom de famille des demandeurs, pourtant peu commun,  continuera à être un sujet de plaisanterie mais ouf ! l’honneur est sauf, les juges les ont qualifié de « famille honorable ». Si cela n’avait pas été le cas, Binet aurait-il du changer le nom de ses personnages ?

 

           En réalité, il semble que les juges aient surtout considéré qu’il ne devait pas y avoir de préjudice important puisqu’il y avait eu une tolérance assez longue.

 

          Dans une affaire similaire, 47 porteurs du nom Leneuf avaient agi contre une société qui, dans une publicité, montraient un personnage plutôt ridicule, qui répondait au téléphone à des personnes croyant appeler la société de telecommunications du même nom. Les demandeurs se plaignaient en outre d’être également harcelés en raison de leur présence dans l’annuaire et de la facilité de reproduire la publicité. Le TGI de Nanterre en référé (15 mai 2000) a fait droit à leur demande pour atteinte à leurs droits de personnalité.

Publié dans Droit et humour

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Sébastien Canevet 30/10/2007 21:25

"Cependant le Tribunal (12 mai 1197) rejette leur demande. L’arrêt d’appel  (CA Paris, 30 octobre 1998) confirme le jugement dans les termes suivants :"Je savais la justice lente, mais pas à ce point ;-)