Un arrêt assez édifiant a été rendu le 14 septembre 2006 par la 2ème Chambre civile de la Cour de cassation, spécialisée notamment dans les questions de procédure civile. Pour ces magistrats habitués à traiter des questions épineuses, cette affaire sera vraisemblablement mémorable.
Un pourvoi en cassation avait été formé contre un jugement en premier et dernier ressort rendu par un juge de proximité. Citons le jugement: « la piètre dimension de la défenderesse qui voudrait rivaliser avec les plus grands escrocs, ce qui ne constitue nullement un but louable en soi sauf pour certains personnages pétris de malhonnêteté comme ici Mme X... dotée d¹un quotient intellectuel aussi restreint que la surface habitable de sa caravane, ses préoccupations manifestement strictement financières et dont la cupidité le dispute à la fourberie, le fait qu¹elle acculait ainsi sans état d¹âme et avec l¹expérience de l¹impunité ses futurs locataires et qu¹elle était sortie du domaine virtuel où elle prétendait sévir impunément du moins jusqu¹à ce jour, les agissements frauduleux ou crapuleux perpétrés par elle nécessitant la mise en ¦uvre d¹investigations de nature à laneutraliser définitivement ». Au visa de l¹article 6 de la Convention européenne des droits de l¹Homme garantissant le droit à un procès équitable, la Cour décide « qu¹en statuant ainsi, en des termes injurieux et manifestement incompatibles avec l¹exigence d¹impartialité, le juge a violé le texte susvisé ». C¹est le moins qu¹on puisse dire tant les propos sont proches de l¹injure publique. Le 2ème moyen est du même acabit puisque la Cour décide que le juge a rompu l¹égalité des armes « en statuant par des motifs inintelligibles et en écartant par une pétition de principe certains des éléments de preuve produits par Mme X... ».
Nul doute que de tels agissements donnent du grain à moudre aux détracteurs de ces juges non professionnels institués par la loi du 9 septembre 2002 pour désengorger l¹institution judiciaire, et dont les pouvoirs tant en matière civile que pénale ont été élargis par la loi du 26 janvier 2005. Ce cas, s¹il reste isolé semble-t-il, permet de révéler les lacunes dans la formation de ces juges. Il n¹est pas concevable que même pour une petite affaire, un juge ne soit pas compétent et ne maîtrise pas les bases de la procédure. En effet, il semble en l¹espèce que le juge n¹ait pas réussi à prendre la distance nécessaire pour une décision sereine. L¹impartialité subjective qui renvoie à chaque individu est en effet une qualité dure à acquérir, qui nécessite la compréhension de la fonction de juger.
Pour des liens intéressants sur la juridiction de proximité:
http://chantalcutajar.blogspirit.com/justice_de_proximite/
www.themis.u-3mrs.fr/vallier/vallier-juridictiondeproximite.doc
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