Cosa Nostra: activités et structure

Publié le par Jérôme TASSI

Au niveau de ses activités, Cosa Nostra sicilienne est à l’instar des autres mafias polycriminelle. Outre les activités traditionnelles de protection, de racket (80% des commerçants de Palerme avouent en être l’objet), de prêt, de spéculation immobilière et de blanchiment d’argent, la mafia sicilienne s’est spécialisée dans l’accaparement des appels de marché public. Contrôlant l’essentiel des entreprises de bâtiment d’une part, et une majorité des élus locaux d’autre part, les familles n’ont aucune difficulté à s’enrichir par ce biais. De manière générale, il est difficile de passer un appel d’offre dans le Sud de l’Italie sans être parasité par le crime organisé. Néanmoins, la mafia sicilienne présente plusieurs particularités par rapport aux autres organisations du Mezziogiorno. En effet, il semble qu’elle ne pratique pas le proxénétisme et le kidnapping, sans doute en raison de l’influence considérable - bien que paradoxale à certains égards- de l’honneur et du catholicisme. Provenzano citait systématiquement la Bible dans ses messages, ce qui témoignerait encore aujourd’hui de la religiosité du mouvement, même s’il pourrait s’agir d’un langage codé. Enfin, la mafia s’est lancée dans le juteux marché de stockage et de traitement des déchets ménagers ou toxiques. Obtenant les marchés publics pour le traitement des déchets, les mafiosi se contentent de les jeter sans aucun traitement dans des décharges à ciel ouvert ou directement dans la mer, tout en profitant de la manne financière accordée pour ces services. Le trafic de drogue s’avère l’activité criminelle dans laquelle Cosa Nostra sicilienne est la plus expérimentée. Le système mis en place par Luciano a perduré jusqu’au début des années 90. Elle a notamment obtenu un quasi-monopole dans le trafic d’héroïne, la morphine base provenant de Turquie ou du Triangle d’Or étant transformée sur place le plus souvent. La dissolution de la French Connexion dans les années 70 a laissé le champ libre aux siciliens, leur permettant de récupérer les meilleurs « chimistes » marseillais, les seuls à produire de l’héroïne pure à 90%.  

 

Actuellement, la mafia sicilienne compte 66 familles identifiées réunies en 17 mandamenti. Les chefs (capi) des mandamenti se réunissent au sein d’une commission régionale baptisée Coupole, dont le pouvoir est sujet de discussions. Les témoignages des repentis sont contradictoires et il semblerait qu’il s’agisse d’une commission d’arbitrage en cas de litige (notamment réorganisation des territoires contrôlés ou des affiliations à une famille), qui pourrait également fixer les grandes orientations. Cette institution qui n’a été fondée qu’après la seconde guerre mondiale a, de toute façon, été placée en coupe réglée par la domination du clan de Corleone depuis près de 30 ans. Contrairement aux autres organisations criminelles italiennes, Cosa Nostra apparaît donc beaucoup plus structurée, son ancienneté et le pouvoir parallèle qu’elle exerce pouvant expliquer ce phénomène. Selon l’Acte d’accusation du procès de Palerme en 1986, elle « est organisée en structures hiérarchiques avec un sommet et un épicentre à Palerme, siège de l'organe de direction de l'association, dénommé "coupole" ou "commission". Contrairement à une idée reçue, la mafia de l'île n'est pas structurée en associations indépendantes et diversifiées, mais constitue bien une organisation qui, même articulée et complexe, n'en a pas moins une unité substantielle ». Néanmoins, depuis quelques années, il semble que l’organisation ait évolué dans un sens de cloisonnement pour lutter contre les dénonciations des repentis. La structure de Cosa Nostra reste donc difficilement connue  et il est hasardeux de se prononcer sur les pouvoirs réels de tel organe ou de telle famille. (Faisant le point sur les 2 thèses, celle d’une organisation unique et structurée et celle soutenant une pluralité de structures autonomes, v. Raimondo Catanzaro, Cosche, Cosa Nostra : les structures organisationnelles de la criminalité mafieuse en Sicile, Cultures et Conflits, n°3, p.9-23)

 

Quel avenir pour Cosa Nostra sicilienne? L’arrestation de Provenzano a montré que le parrain supposé ne communiquait que par des petits papiers, refusant tous les modes modernes de communication. Cet archaïsme pourrait annoncer, selon certains, la fin de la mafia concurrencée en plus par les nouveaux groupes criminels émergents en Europe de l’Est. Cependant, il est plus vraisemblable que l’organisation ait anticipé cette évolution en abandonnant la violence, le trafic de stupéfiants (laissé aux autres mafias de l’île), et se recentrant sur l’infiltration du milieu économique légal. De ce fait, la mafia ne fera plus la une des journaux mais continuera à exercer son autorité sur l’île sicilienne. Les attaques répétées du gouvernement romain ne viendront pas à bout de près de 2 siècles d’histoire où l’Honorable Société a parasité tous les systèmes d’autorité en Sicile.

 

 

Bibliographie sommaire :

-         Cosa Nostra, un siècle d’histoire, d’Eric Frattini, Flammarion

-         Buscetta : la mafia par l’un des siens, de Tomaso Buscetta et Pino Arlacchi, Le Félin

-         L’enfer : enquête au pays de la mafia, de Giorgo Bocca, Payot

 

Publié dans Criminologie

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Arthur S 10/01/2009 18:29

Bonjour,je fais des recherche dans le cadre des TPE en 1ère, je trouve cet article très intéressant, mais je suis étonné de : "racket : 80% des commerçants de Palerme avouent en être l’objet"j'ai été en Sicile, et les actions mafieuses ne sont pas, d'apres ce que j'ai ressenti, visibles ou remarquable.Etes vous certains du 80% ?Je ne souhaite pas remettre en cause votre article, mais je voudrais etre sur des information à mettre dans mon TPE (j'ai des profs exigeants^^(je doit rendre le TPE Jeudi, si vous pouviez me répondre rapidement)Merci d'avance pour les informations précieuses de votre article.Arthur S.

Cyril 25/09/2006 01:12

Analyse intéréssante,je suis d'accord avec vous personnellement.Quoique,"attaques du gouvernement romain" contre la Mafia.......
Dans son ouvrage "un juge en Italie", Ferdinando Imposimato rappele avoir un jour croisé le transfuge Buscetta- dans les années 90- et celui-ci lui avait dit ne pas comprendre pourquoi le gouvernement Prodi ne se battait pas contre la Mafia.....
Nous sommes retombés ,aujourd'hui,dans une certaine mollesse,malheureusement.La fronde créée par les assassinats des juges Falcone et Borsellino en 1992 est retombée ,progressivement-dès 1996-1997.C'est a ce moment que Cosa Nostra a commencée a remonter en puissance et a recrutée en masse