Biométrie: peurs et perspectives

Publié le par Jérôme TASSI

Biométrie, le terme à lui seul suscite des interrogations, et l’idée d’un contrôle généralisé de l’Homme est toujours sous-jacent. Récemment, le projet d’une carte nationale d’identité électronique a soulevé en France un débat important notamment en termes d’atteintes excessives au respect de la vie privée. Le contexte international illustre l’entrée en vigueur de mesures sécuritaires comme le relevé des empreintes digitales pour les étrangers entrant aux Etats-Unis depuis 2005 (avec un écho dans le règlement européen du 13 décembre 2004).

 

De quoi s’agit-il ? Tout simplement la mesure du bios, c'est-à-dire du vivant. Il peut s’agir de reconnaissance vocale, de la forme de la main, de l’iris, des empreintes digitales voire d’une reconnaissance génomique. Bien entendu, l’usage de l’informatique permet un stockage et une faculté de recoupement qui peut évoquer un univers orwellien. Peur donc d’un contrôle généralisé et effectivement, les risques de dérives doivent être prévenus. Pour autant, les amalgames doivent être évités et il est possible de distinguer l’usage de la biométrie au plan interne et son utilisation dans un monde en proie aux menaces criminelles transnationales.

 

En France, les questions principales se posent au niveau des entreprises et du contrôle par l’employeur de ses salariés. Pour le moment, seul un jugement du TGI de Paris du 19 avril 2005 s’est prononcé en déclarant un système biométrique de contrôle des horaires illégal comme portant atteinte de manière injustifiée aux libertés individuelles (en l’espèce contrôle de l’empreinte digitale). Le jugement ne ferme pourtant pas la porte à ce genre de méthode mais encore faut-il qu’elle puisse se justifier par une finalité sécuritaire ou protectrice de l’activité exercée dans les locaux en question. Contrôle de proportionnalité classique exercé par le juge sur le fondement de l’article L. 120-2 du Code du travail. Il est certain que les magistrats et la CNIL exerceront un contrôle assez poussé sur l’usage de toutes ces techniques et que les craintes sont donc limitées.

 

Au niveau international, l’usage des technologies biométriques est devenu une nécessité pour lutter notamment contre la mobilité des terroristes. L’identité patronymique n’est plus (pas ?) un gage de sécurité absolue et pour une société criminelle il n’existe aucune difficulté pour obtenir de faux papiers. Depuis plusieurs années, les exemples fleurissent de terroristes ayant pu se déplacer sans difficultés par l’usage de fausses identités. Or seul le recoupement de plusieurs données biométriques incorporées dans les passeports permettra un contrôle efficace. La biométrie ne doit donc pas alimenter les phobies et n’est une mesure liberticide qu’en l’absence de garde-fous. La lutte anti-terroriste ne fait que débuter et laissons la conclusion  au spécialiste Christophe NAUDIN : « Avons-nous réellement les moyens d’avoir peur ? Devons-nous préférer une société criminelle et désorganisée au prétexte que l’ordre sociétal est une notion peu plaisante ? »

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Souplounite 27/11/2005 14:39

Le problème principal des mesures biométriques et qui n'est pas ici soulevé, c'est que ces mesures ne sont pas plus fiable que les autres méthodes d'authentification, mais étant réputées telles, les erreurs seront d'autant plus terribles que le faillible sera considéré infaillible.

JérÎme TASSI 27/11/2005 20:42

Certes, c'est effectivement un problème plus large soulevé par les nnouvelles technologies en matière de preuve. Par exemple, un relevé d'ADN sur une victime de viol sera très difficile à combattre, alors même que le support peut avoir été transporté, ou altéré.
Concernant plus particulièrement la biométrie, sans être infaillible, les empreintes digitales par exemple, offrent une assez grande garantie d'identification. Pour pallier ce défaut, il sera nécessaire de recouper plusieurs données biométriques.